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Et pourquoi pas ?

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Parce qu’au commencement, ce blog n’existait pas, il me semblait utile de revenir sur sa genĂšse. 

Pourquoi ce blog ? Pour faire simple, pour partager des histoires, des rĂ©flexions et aventures quotidiennes. Rien de bien exaltant, me direz-vous – oui, sans doute, mĂȘme si parfois, au dĂ©tour d’une discussion, une bonne surprise attend… La vie d’un jeune « actif », homo, Ă  Paris depuis peu et cĂ©libataire Ă  nouveau.

ForcĂ©ment, l’ensemble est un peu narcissique. Mon goĂ»t pour la narration et la mise en scĂšne m’ont souvent valu l’attention, sinon le rire, de mes amis lorsque je leur racontais l’une de mes pĂ©ripĂ©ties; fatalement, j’y ai pris goĂ»t et l’idĂ©e de partager ces quelques tranches de vie divertissantes ne me semblait pas dĂ©lirante.

Alors oui, ça parlera beaucoup de cul. Je ne m’en cache pas, le cĂ©libat m’aura au moins rappelĂ© Ă  mon hĂ©donisme astrologique. Une envie, sinon un besoin, de nouvelles rencontres, qui ne se limiteraient pas Ă  un niveau platonique. De cul, mais aussi ces rencontres. L’amour de l’homme, du mĂąle, de l’humain et de ce qu’il renferme : autour d’un verre, Ă  travers un baiser ou dans un lit, les situations sont multiples mais le maĂźtre mot reste le plaisir. Le dĂ©sir n’est jamais trĂšs loin, et il est certain que ma passion pour la sĂ©duction guide mes pas. Le challenge, aussi, et mon rapport Ă  la victoire, voire Ă  la performance, qui m’exalte quand je sens l’autre vaciller, ses yeux s’iriser et sa tĂȘte plonger vers la mienne.

Des mecs, oui, mais pas que. Quitte Ă  Ă©crire, ici, Ă  des inconnus, autant partager aussi des pensĂ©es qui me traversent, des rĂ©flexions qui fusent et, peut-ĂȘtre, ouvrir un espace de dialogue. J’essaierai, en tout cas, et resterai Ă  l’Ă©coute, malgrĂ© la formalitĂ© de cet exercice de style.

L’amant – David #1

Moi quand je réfléchis à ma relation avec David

Pour entamer ces articles, et mĂȘme sĂ©ries d’articles dans la mesure du possible, concernant ces hommes que je vois de façon plus ou moins rĂ©guliĂšre, l’Ă©vidence Ă©tait de vous parler de David (oui, je changerai volontairement les prĂ©noms de tous ces innocents).

Quarantenaire mariĂ© (avec un homme), un profil Ă  premiĂšre vue assez expĂ©ditif et trĂšs sex-oriented : voilĂ  la premiĂšre image que j’ai eu de lui, sur l’une de ces appli que je frĂ©quente. Un descriptif assez sommaire, surtout physique (avec une mention XL que je note soigneusement), et l’impression d’un mec assez simplement en quĂȘte de (bon) sexe. Son visage n’est pas le plus charmant du coin, mais une petite lueur dans ses yeux retient mon attention : un air de dĂ©fi, et de confiance, qui me rappelle quelqu’un… Je clique, le contacte, et nous Ă©changeons quelques lignes. Le rendez-vous est fixĂ© Ă  la semaine suivante.

Le jour J, je m’inquiĂšte un peu de n’avoir pas de nouvelles – les « lapins » restent rares, mais quand mĂȘme… Il me donne son numĂ©ro, finalement, une demie heure avant le rendez-vous fixĂ©, alors que je capte mal et que je commence Ă  me dire que le tout va tomber Ă  l’eau. Je rentre chez moi, me prĂ©pare et repart dans l’autre sens pour le retrouver en ville.

Il arrive, finalement, un peu aprĂšs moi, conforme Ă  ses photos (ouf!) : un peu plus grand que moi, plutĂŽt carrĂ©, une barbe de trois jours et un look masculin – oui, j’achĂšte. Nous avançons vers le Marais, non pas pour s’arrĂȘter dans un bar gay (dont j’ai horreur), mais parce qu’il a en tĂȘte une adresse de restaurant jap. Peut-ĂȘtre un jour me lancerai-je dans un article, une ode aux makis … Enfin, l’argument Ă©tait le bon pour moi!

Nous nous installons donc pour un dĂźner aussi romantique que la dĂ©co aseptisĂ©e de ces restaurants le permet, et du reste autant que l’autorise le cadre de notre rencontre. C’est lĂ  une vraie garantie pour moi que de rencontrer des mecs en couple, Ă  diffĂ©rents degrĂ©s d’engagement : la certitude que nous ne cherchons tous deux rien de sentimental. Et, parfois, cela ouvre la porte Ă  un moment de partage Ă  plusieurs, ce qui n’est pas pour me dĂ©plaire. Mais passons, car les makis s’enchaĂźnent et les invectives aussi.

Car oui, lĂ  oĂč je suis surpris, c’est par l’esprit de David : moi qui imaginais, un peu par dĂ©pit, un rendez-vous assez simple et des Ă©changes… cordiaux, disons, j’ai en face de moi un compĂ©titeur intelligent, qui manie le sarcasme et la taquinerie passive-agressive. Je le sens charmĂ©, Ă©galement, Ă  mesure qu’un sourire se dessine sur ses lĂšvres et que nous Ă©changeons quelques rires. Je crois que la bonne surprise fut rĂ©ciproque, lui s’attendant peut-ĂȘtre Ă  un jeune lambda Ă  qui il ferait mordre l’oreiller, mais sans plus. Mais lĂ , j’analyse Ă  la lumiĂšre de la suite, me direz-vous. Et mon humilitĂ© en prend un coup!

Nous terminons le repas aprĂšs une petite heure tous les deux, et il est Ă©vident que nous voulons tous les deux un peu plus de temps en compagnie de l’autre. Il me propose donc d’aller boire un verre – Ă©videmment, les terrasses sont bondĂ©es en ce mois d’octobre, et le poids des regards me fatigue bien assez vite. Habilement, il suggĂšre, toujours sur un ton nonchalant, de prendre ce verre chez lui. Je fais mine de rĂ©flĂ©chir et d’hĂ©siter, puis j’accepte – je n’aime pas donner l’impression que la bataille est dĂ©jĂ  gagnĂ©e, et le ton est donnĂ©, du reste, avec David, de ce genre d’Ă©changes taquins.

Nous marchons donc jusque chez lui, un peu plus au nord, profitant de l’absence de son mari. Parfois, j’aimerais prendre en photo les appartements que je visite ainsi, pour Ă©tablir une typologie de l’appartement de gay quarantenaire – souvent de bon goĂ»t, refait Ă  neuf et redĂ©corĂ©, digne d’un magazine de dĂ©co. Nous partageons quelques verres de blanc sur son balcon, poursuivant nos discussions passĂ©es.

Le temps passe, les regards s’Ă©changent et je sens les conversations se tarir doucement – non pas qu’il n’y ait rien d’autre Ă  dire, mais parce que nous sentons bien l’alchimie poursuivre son travail. Il finit par m’embrasser, fermement mais tendrement, et nous finissons rapidement par dĂ©couvrir le corps de l’autre Ă  mesure que les caresses invitent les vĂȘtements Ă  disparaĂźtre. Son torse, poilu sans excĂšs, large et fort, sans qu’on y distingue des muscles trop dessinĂ©s – mais que l’on sent bien prĂ©sents -, m’ouvre l’appĂ©tit. Le bas tombe dans la foulĂ©e, rĂ©vĂ©lant en effet la mĂ©ritĂ©e mention XL que j’avais gardĂ© dans un coin de ma tĂȘte. Un argument qui finit de me mettre Ă  genoux, oĂč c’est un vĂ©ritable plaisir pour moi de lui faire plaisir. Un intĂ©rĂȘt apparemment partagĂ© : nous finissons dans la chambre d’amis, oĂč nous poursuivons nos affaires; mais si sa queue est tout Ă  fait Ă  mon goĂ»t (pas trop longue, mais suffisamment large), il semble lui aussi captivĂ© par mon anatomie et commence donc Ă  me dĂ©vorer l’arriĂšre-train. Une pratique que j’apprĂ©cie mais qui n’est jamais Ă©vidente et pas au goĂ»t de tous, d’ailleurs : un bon point quand elle est offerte, et bien faite, comme c’est le cas avec David.

LĂ , sur ce lit, j’ai tout loisir pour le regarder et admirer son corps bien charpentĂ©, un homme beefy, en fait, comme je les aime. La suite s’enchaĂźne en douceur, mais avec passion, et son expĂ©rience est mise au profit d’un dĂ©but de pĂ©nĂ©tration quasi indolore – ce qui est somme toute plutĂŽt rare avec ce genre d’engin. C’est lĂ , je pense, que se dessine pour moi l’image d’une alchimie sexuelle quasi parfaite : nous aimons, semble-t-il, la mĂȘme chose, le mĂȘme genre de rapport, la mĂȘme dynamique … Endurant, Ă©goĂŻste (positivement, car il me semble que le sexe n’est que la rencontre de deux Ă©goĂŻsmes) mais attentif, David se trouve ĂȘtre un trĂšs bon partenaire et le plaisir est total de mon cĂŽtĂ©, sans accroc. Nous jouissons tous les deux, allongĂ©s sur le dos, repus et silencieux un temps. Et puis nous reprenons sur un ton toujours taquin, pour profiter d’une douche Ă  deux, tout aussi sensuelle que ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©, et je capte son regard sur mon corps, et son sourire.

C’est malgrĂ© tout l’heure de se rhabiller, car la soirĂ©e traĂźne en longueur et que je ne veux pas m’imposer chez mon partenaire aprĂšs cette premiĂšre « rencontre » – mĂȘme si je sens que cela se fera par la suite… Mais chaque chose en son temps.

Nous nous embrassons, ses mains baladeuses s’Ă©ternisent un peu mais je finis par briser notre Ă©treinte, sur un ton impĂ©tueux qui, je commence Ă  le comprendre, lui plait tout Ă  fait, et m’Ă©clipse dans l’escalier, guettant une remarque des voisins aprĂšs le bruit que j’ai pu faire quelques minutes plus tĂŽt – mais rien, sinon le craquement du vieux bois, et ma descente se termine sans encombre et je suis prĂȘt Ă  rentrer.

Sourire aux lĂšvres, sensation de bien-ĂȘtre et encore vaguement excitĂ©, le retour se fait sur un petit nuage, qui se conclue Ă  mon arrivĂ©e chez moi par un message de David, me souhaitant une bonne nuit, emoji bisou-coeur, et le souhait d’une prochaine rencontre. Que j’appelle de mes vƓux aussi : une compagnie agrĂ©able, et un partenaire qui pourrait rester dans mes annales. Affaire Ă  suivre, donc, et homme Ă  travailler au corps pour le rendre totalement addict.

En marge

Moi alimentant mon narcissisme.

En gĂ©nĂ©ral, et de façon absolument originale, je me suis toujours senti un peu Ă  part dans ma vie. DiffĂ©rent, en bien comme en mal, de mes camarades, mes collĂšgues, mes homologues. Aujourd’hui, je me dis que je retrouve un peu ça dans mes relations.

Cela a commencĂ© avec la scolaritĂ©. Avoir un an d’avance Ă  partir du collĂšge a gĂ©nĂ©rĂ© une espĂšce de distance avec mes « petits camarades »; d’abord physique (d’autant que c’Ă©tait la pĂ©riode oĂč je me dĂ©couvrais homo petit Ă  petit), mais aussi mentale, voire intellectuelle. Et, Ă©trangement, je pensais ĂȘtre en retard, en dĂ©calage dans le sens oĂč j’aurais Ă©tĂ© le plus jeune, donc avec moins de maturitĂ©, d’expĂ©rience… Finalement, les annĂ©es collĂšge et lycĂ©e m’ont juste donnĂ© l’idĂ©e que j’aurai dĂ» avoir plus d’avance, pour enfin ĂȘtre avec des gens qui me comprendraient.

Je crois qu’en un sens je n’ai fait jamais fait de crise d’ado. Ou plutĂŽt Ă  l’inverse. Alors qu’autour de moi s’organisaient les premiĂšres soirĂ©es et ces moments de sociabilitĂ©, presque obligatoires pour s’intĂ©grer dans le moule de la vie lycĂ©enne, je comprenais Ă  nouveau que c’Ă©tait quelque chose qui ne m’intĂ©ressait pas. Au-delĂ  de l’interdit sur l’alcool me concernant (j’y reviendrai peut-ĂȘtre plus tard), c’Ă©tait aussi la rencontre de ma timiditĂ© et, d’une certaine façon, mon mĂ©pris, pour ceux que je dĂ©considĂ©rais, et estimais immature, donc inintĂ©ressant. A l’inverse, je me suis plutĂŽt recrĂ©e cette proximitĂ© via internet et les jeux, en ligne, avec des gens de tout Ăąge, mais souvent plus vieux. Était-ce les prĂ©mices ?

Finalement, le raccord s’est fait lors des Ă©tudes, oĂč j’ai (enfin) rencontrĂ© des gens avec lesquels me raccrocher. Bon, Ă©videmment, rien de systĂ©matique, et finalement certains groupes sont toujours passĂ©s Ă  la trappe dans mes cercles d’amis; notamment, les groupes de mecs, hĂ©tĂ©ros, amis de plus ou moins longue date, avec lesquels je me suis toujours senti mal Ă  l’aise, entre le jugement (des deux cĂŽtĂ©s, je pense), et presque une forme de compĂ©tition viriliste, oĂč j’aurais eu Ă  m’affirmer comme autant homme qu’eux. Bref, j’ai donc rencontrĂ© des amies au cours des mes Ă©tudes, et ce fut un soulagement de me dire qu’enfin, j’appartenais Ă  un groupe et que je n’Ă©tais plus tant un outsider que par le passĂ©.

Aujourd’hui, je retrouve un peu ce sentiment d’ĂȘtre en marge sur les applis (celles de rencontre, je ne parle pas de Candy Crush ou de celle de la SNCF).

D’abord, il y a, encore, le facteur Ăąge. A l’origine, je rencontrais essentiellement des mecs de mon Ăąge, mais petit Ă  petit cela a basculĂ© vers la trentaine, puis la quarantaine… Et les limites sont floues, aujourd’hui. Ce qui est clair, en revanche, c’est que je me retrouve assez peu dans les garçons de ma tranche d’Ăąge. Il n’y a qu’Ă  partir de 30 ans que je sens Ă©merger des atomes crochus et des discussions effectivement intĂ©ressantes. Avant, tout n’est que maladresse dans l’approche, incertitude dans la recherche et Ă©nergie, soit du dĂ©sespoir, soit de la passion quasi-adolescente, d’une relation Ă©phĂ©mĂšre qui se consume en quelques jours. Alors oui, j’assume complĂštement aujourd’hui chercher plutĂŽt des mecs – en fait, des hommes – plus vieux que moi, et, le monde Ă©tant bien fait, eux retrouvent aussi un critĂšre de jeunesse chez moi qui leur convient. MalgrĂ© tout, la question de cette diffĂ©rence demeure et je m’interroge rĂ©guliĂšrement sur le sens Ă  donner Ă  cela. Une interrogation renforcĂ©e quand je rĂ©ponds par la nĂ©gative Ă  mes camarades de la vingtaine, et qui trouvent un aspect dĂ©goĂ»tant, dĂ©gradant dans ce genre de relation. En attendant, j’y trouve mon compte, et le doute se dissipe Ă  mesure que le verre dĂ©rape.

Ensuite, il y a la question de la finalité de ma présence sur les applis. En résumant, on pourrait distinguer 3 catégories aux contenus plus ou moins clairs :

  • Ceux qui ne sont lĂ  que pour du sexe, instantanĂ©, sans superflu dans l’Ă©change et straight tout the point;
  • Ceux qui cherchent du sĂ©rieux, dĂ©sespĂ©rĂ©ment, et pour lesquels j’ai un peu de peine;
  • Et puis tous les autres, aux profils variĂ©s, allant « je discute et j’avise » Ă  « open rencontres », ce qui laisse un Ă©ventail assez important de possibilitĂ©s.

Dans cette derniĂšre catĂ©gorie (dans laquelle finalement je rentre), j’ai toujours le sentiment qu’on n’y retrouve pas les bonnes personnes. DĂ©jĂ , car pour une partie d’entre eux, il y a quelque chose de pas assumĂ© mais qui perce assez vite au fil d’une discussion, et qui les fait en fait basculer dans la recherche d’un plaisir rapide, ou bien d’une relation sĂ©rieuse. A l’inverse, ceux qui disent ne chercher qu’un plan (ou que du « sĂ©rieux ») se dĂ©couvrent parfois des envies autres. Je pense mĂȘme qu’une partie de ces mecs qui ne disent ne chercher que du sexe pour le sexe sont en fait dans une position dĂ©fensive, oĂč ils ne veulent pas s’offrir la possibilitĂ© de quelque chose qui, finalement, serait vraiment dĂ©cevant. Bien sĂ»r, ils sont aussi lĂ  pour la bonne chair, mais qui serait presque par moment un substitut, une occupation pour tromper l’ennui et la solitude; et peut-ĂȘtre aussi guĂ©rir un mal d’amour, un dĂ©faut dans sa capacitĂ© Ă  plaire vraiment, en tant qu’ĂȘtre entier, Ă  quelqu’un d’autre ?

Je pars lĂ  en pure spĂ©culation et je gĂ©nĂ©ralise Ă  grands traits, mais tout cela pour dire que ce sentiment de non appartenance que j’ai vĂ©cu une bonne partie de ma vie se retrouve sur les applis. Parce que tout est codifiĂ©, encore plus en un sens au sein de la communautĂ© qu’Ă  l’extĂ©rieur, il est difficile de s’identifier quand on ne rentre pas dans les clous. C’est pour cela que j’apprĂ©cie le concept d’aromantisme, comme je l’exprimais, mais aussi celui d’anarchie relationnelle qui, en un sens, me convient bien. L’idĂ©e que je peux nouer des relations qui ne sont pas en « compĂ©tition » les unes par rapport Ă  autres, qui ne sont pas ou peu hiĂ©rarchisĂ©es pour ma part, et surtout qu’elles me permettent d’ĂȘtre moi-mĂȘme et d’explorer des relations nouvelles, uniques, toutes diffĂ©rentes dans leur nature.

ForcĂ©ment, quand j’essaye d’expliquer ne serait-ce qu’une trame de ce que serait ma « recherche » sur les applis, je ne rĂ©colte que l’incomprĂ©hension, voire le dĂ©dain, le mĂ©pris, l’insulte (« ah ouais en fait t’es une sacrĂ©e pute lol » (sic)). Parce que tout est Ă©tiquetĂ©, prĂ©-pensĂ© et, en un sens, prĂ©-jugĂ©, sortir de cette norme dĂ©boussole, interroge, Ă©nerve. Pour ma part, je ne peux m’empĂȘcher de considĂ©rer que je suis dans le juste (qui a dit que narcisse Ă©tait loin ?), et que tout serait plus simple, et mieux, si chacun prenait le temps de se laisser porter par ses envies, s’Ă©couter un peu et se faire plaisir, profondĂ©ment (jeu de mot non voulu).

En fait, il m’est arrivĂ© de rencontrer des mecs qui ne cherchaient qu’un plan, comme on dit. Et qui finalement Ă©tait plutĂŽt trĂšs contents (voire trop) d’avoir plus, et d’avoir une relation plus complĂšte, ou tout du moins plus naturelle que ce qu’ils avaient pu chercher en rĂšgle gĂ©nĂ©rale. Globalement, et au-delĂ  du sexe, je pense que c’est aussi ce qui plait Ă  un certain nombre de mes partenaires, qu’il y ait, justement, une relation – qui n’a pas forcĂ©ment Ă  avoir de nom, mais qui n’est pas simplement celle d’un plan cul, Ă©phĂ©mĂšre ou rĂ©gulier, et qui ne soit pas non plus cette recherche d’un compagnon de vie. Quelque chose, aussi, oĂč l’on n’est pas en train de se vendre, de se donner Ă  voir sous son plus beau jour car on poursuit un but autre; donc un naturel qui plaĂźt (car, le tri opĂ©rant, on aura Ă©courtĂ© les autres prĂ©tendants non intĂ©ressĂ©s, il faut le dire), et qui mĂšne Ă  des bonnes dĂ©couvertes.

De « weirdo » Ă  sĂ©ducteur, je crois que le plus grand apprentissage sera de cultiver cette originalitĂ© et cette distinction. Les choses seraient plus simples, c’est certain, dans un monde moins normatif – et quoi qu’on en dise, je pense que la communautĂ© LGBT l’est bien plus, dans ses vices, que le « monde extĂ©rieur ». Si chacun pouvait faire un pas de cĂŽtĂ© et sortir de ses habitudes de pensĂ©e, peut-ĂȘtre irait-on vers du mieux !

Fuis-moi, je te suis

C’est quelque chose que j’ai rencontrĂ© quelques fois, et qui ne cesse de m’interroger, sinon de m’Ă©merveiller. Cet espĂšce de syndrome de l’indĂ©cis, ou du mytho, je ne sais pas trop.

Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé, mais pour ma part, voilà quelques fois que je me retrouve dans la situation suivante :

  1. Je discute avec un mec, normal. D’emblĂ©e, il me plait beaucoup, alors je me contiens et je la joue dĂ©sinvolte (Ă  venir, un petit guide de sĂ©duction). On discute tranquillement, il se montre Ă  son tour intĂ©ressĂ©, et on prĂ©voit une rencontre.
  2. LĂ , deux solutions : A) le mec annule au dernier moment, aprĂšs s’ĂȘtre montrĂ© plus qu’intĂ©ressĂ© et s’ĂȘtre investi dans la discussion – bon, je suis dĂ©jĂ  souvent assez WTF ?; soit B) la rencontre a lieu, se passe (trĂšs) bien et se conclue plus ou moins chaleureusement.
  3. La discussion reprend, aprĂšs avoir Ă©changĂ© quelques banalitĂ©s sur la rencontre, l’autre lĂąchant souvent un message adorable allant d’un « j’aurais voulu t’embrasser … » Ă  un « vivement la prochaine fois ! ». Dans tous les cas, on conclue sur la nĂ©cessitĂ© absolue de se revoir, tout naturellement.
  4. C’est l’Ă©tape du drame : le mec est soudainement distant, indispo Ă  rĂ©pĂ©tition puis ne rĂ©pond plus.
Moi quand je vois que mes deux derniers messages sont bien « lus » aprĂšs l’Ă©tape .

ForcĂ©ment, Ă  ce stade, je suis dans l’incomprĂ©hension.

En premier lieu, la conclusion du mytho semble la plus simple. Mais elle pose aussi son lot de questions : pourquoi cet effort ? pourquoi ce faire semblant ? Souvent que lors d’une rencontre, c’est l’occasion de dĂ©crypter, un peu, l’autre, dans son comportement et ses attitudes. Ou alors, on passe dans le registre du pervers narcissique et manipulateur…

Ensuite, je me dis que, peut-ĂȘtre, le garçon en question a fait une rencontre heureuse et n’a pas donnĂ© suite de ce fait. En vĂ©ritĂ©, ça m’est dĂ©jĂ  arrivĂ© quelques fois. Dans ce cas, je regrette, comme souvent, le manque de couilles de ceux qui se prĂ©tendent actifs et qui n’ont mĂȘme pas la dĂ©cence de simplement dire « ah, j’ai rencontrĂ© quelqu’un, je mets le reste en standby, bye » – auquel cas un dĂ©solĂ© n’est mĂȘme pas requis, Ă  vrai dire, car c’est une bonne nouvelle pour lui puisque nous n’avons pas les mĂȘmes attentes.

Mais, finalement, aucune de ces solutions ne semblent satisfaisantes, et je suis toujours plongĂ© dans la perplexitĂ©. D’autant qu’il y a un vague sentiment d’humiliation, et de colĂšre – envers moi-mĂȘme, et envers lui. Envers lui parce qu’il me laisse dans cet Ă©tat sans plus de justification, et envers moi car je me laisse atteindre par des choses qui, je le pensais, n’aurait pas dĂ» m’atteindre. L’humiliation, en un sens, car le sentiment de s’ĂȘtre fait manipulĂ©, de s’ĂȘtre laissĂ© avoir : souvent, alors que j’efforce de contenir mon entrain initial (avec parfois trop de succĂšs), c’est lui qui insiste pour faire tomber les barriĂšres et m’attirer dans son jeu (pervers ?), avant de tout faire capoter de lui-mĂȘme. Et de me retrouver bĂȘte devant l’Ă©cran du tĂ©lĂ©phone qui ne s’allume plus, face Ă  mon Ă©chec, et bĂ©at devant la plasticitĂ© des sentiments, ou de ma capacitĂ© Ă  ĂȘtre déçu par quelque chose qui n’est mĂȘme pas arrivĂ© et que je ne souhaitais peut-ĂȘtre mĂȘme pas, mais qui quand mĂȘme m’atteint.

Aromanquoi ?

Quand je dis Ă  un mec que je suis aromantique

Depuis le dĂ©but de l’automne, je suis Ă  nouveau officiellement cĂ©libataire.

Je dis officiellement, parce que je crois qu’au fond de moi, je me suis toujours considĂ©rĂ© comme cĂ©libataire en sursis durant l’annĂ©e qu’a durĂ© cette derniĂšre relation.

Pourquoi ? Parce qu’au fond de moi, et depuis plus d’un an justement, mĂ»ri l’idĂ©e que je pourrais ĂȘtre aromantique.

Quand j’aborde le sujet avec un mec, en gĂ©nĂ©ral, ça ne manque jamais : il me parle de romantisme, de dĂźner aux chandelles et de vie de couple. LĂ  n’est pas le sujet. En fait, l’aromantisme, qui est un terme un peu queer-millenial dĂ©signe cette situation oĂč le ne ressent peu ou pas de sentiments amoureux, d’attirance amoureuse vers les autres. Cela peut concerner tout le monde, et se dĂ©cline aussi en « grayromantic » et autres joyeusetĂ©s qui ouvre un peu le champ binaire du « amoureux » VS « pas amoureux ».

ForcĂ©ment, je suis toujours un peu sceptique avec ces concepts et mots-valises qui fleurissent plus vite que les filtres Snapchat. En mĂȘme temps, ils ont le mĂ©rite d’apporter une rĂ©ponse Ă  une incomprĂ©hension et un sentiment (encore un !) de marginalitĂ© et de diffĂ©rence. Le risque, Ă©videmment, c’est de se remettre dans une petite case, sous son Ă©tiquette, sans en sortir…

Pour autant, l’idĂ©e de l’aromantisme m’a vraiment aidĂ© Ă  sortir de cette phase d’abord de pseudo dĂ©prime (Ă  base de ouin ouin je vais finir seul avec 36 chats), puis de recherche Ă  tout va d’un partenaire durable. 8 ruptures en deux ans, nous revoilĂ  au point de dĂ©part … presque : j’ai maintenant l’assurance que oui, je ne tombe pas ou peu amoureux. C’est peut-ĂȘtre temporaire, et cela changera peut-ĂȘtre avec une belle rencontre. Mais je ne la recherche pas particuliĂšrement, et je ne me stigmatise pas tout seul parce que je ne rentre pas dans le moule.

Et je crois que c’est aussi une des forces de ce qui fait la communautĂ© LGBT, au-delĂ  de son propre rapport Ă  la tolĂ©rance (j’y reviendrai sans doute dans un autre article), mais l’idĂ©e d’acceptation de soi et d’affirmation, voire d’empowerment. De pouvoir se dire : voilĂ  qui je suis, ce n’est peut-ĂȘtre pas la « norme » ni la majoritĂ©, mais c’est mon identitĂ©, mon individualitĂ©, et tout va bien.

Maintenant, j’ai encore des mecs qui me disent « oui, mais c’est que tu n’as pas trouvĂ© le bon, encore ». Ma premiĂšre rĂ©action c’est de me dire « wow, c’est exactement ce que ton parent homophobe te dirait si tu lui disais que tu Ă©tais gay … », ce qui m’interroge encore sur les questions de tolĂ©rance de la communautĂ© (…) ; mais je ne peux pas m’empĂȘcher de me dire que oui, peut-ĂȘtre – et d’espĂ©rer en un sens que cela arrivera, un jour. Parce que partager quelque chose d’intime, de profond, d’inconditionnel, c’est aussi important et humain. Mais en mĂȘme temps… la libertĂ© m’importe plus, pour l’heure, que ça.

Les choses se feront avec le temps.